Un enfant tant attendu

Je suis une maman très fusionnelle avec mes enfants. « Trop » à en juger par certains.

Mais ma relation est à l’image de mon parcours pour être maman : « trop ». Trop long, trop médicalisé, trop douloureux. Après avoir vécu cela, comment ne pas en ressortir transformer ? Comment ne pas en garder des traces dans ma façon d’élever mes enfants?

Depuis la naissance de ma première fille, je n’ai pas repris le travail et je consacre mon temps à m’occuper de mes enfants. Je suis quasiment toujours avec eux, je fais peu de sorties sans eux (pas plus de 10 en 3 ans je pense), je ne les laisse quasiment jamais à garder, il est même rare que mon conjoint sorte avec eux sans moi (si ce n’est pour faire des courses).  J’ai dormi longtemps avec ma fille, fais un allaitement long pour mes deux enfants. Je suis une maman aimante mais aussi un vrai aimant ! Cette rentrée, qui était notre première séparation, a été très difficile à vivre pour moi. Alors c’est sûre que vu de l’extérieur, cela peut paraître excessif pour certaines personnes. Mais lors de mes séances chez le psychologue (pour justement travailler sur cette relation « trop » avec ma fille), j’ai compris que mes comportements découlaient de mon passé et que j’en étais pas responsable. Par contre, cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas les corriger. Mais en ai-je vraiment envie ?

Pour comprendre cette relation, il faut remonter à 5 ans avant la naissance de Mila (novembre 2015). Janvier 2011 : j’annonce à mon conjoint que nous allons faire un enfant. Je me souviens encore je lui avais écrit sur un petit papier « 1+1=3 dans peut-être 9 mois ». A ce moment, je ne me doutais pas à quel point le « peut-être » allait se révéler être une prédiction ! Oui, je n’aurai jamais imaginé que je devrais attendre 4 ans et 4 mois avant d’être enceinte ! Et je peux vous dire que c’est très long surtout que ce désir n’a fait que se renforcer.

Après l’arrêt de ma contraception, j’ai commencé à avoir des métrorragies (saignements en dehors de mes règles). Je pensais au début que c’était normal, le temps que mes cycles reprennent leur rythme naturel. Mais je ne suis pas du genre très patiente quand j’ai une idée en tête. Je n’ai donc pas tardé à consulter un gynécologue pour résoudre ce problème de métrorragies et m’aider à réaliser ce désir de devenir enceinte. On a découvert que j’avais le virus HPV et un ectropion. J’ai donc été traité pour cela. Mais les métrorragies ont continué. J’ai essayé des traitements hormonales pour arrêter les saignements mais rien n’y faisait. En parallèle, j’ai commencé des traitements d’aide à la fertilité. Mais c’était très compliqué car je devais commencer les traitements à des jours précis de mes cycles menstruels. Or, je n’avais aucune idée de quand débutaient mes cycles à cause de ces métrorragies quasi permanentes. Et il n’existait pas de traitements médicamenteux possibles pour stopper mes saignements tout en me permettant de tomber enceinte. J’ai dû passer entre les mains de pas moins de 6 spécialistes, qui me renvoyaient vers leurs confrères, certains sans même avoir essayé de tenter quelque chose. C’est seulement au bout de deux ans et demi qu’on a commencé à me faire toute la batterie des examens de la fertilité (hystéroscopie, hystérosalpingographie, biopsie endométriale). Examens qui ne révélaient aucune anomalie. D’une certaine façon, j’aurais préféré car cette incompréhension rendait la situation encore plus difficile à vivre. Et sans problème médical, il était plus difficile de trouver comment y remédier! Au bout de 3 ans, je contacte un énième médecin spécialisé en problème d’infertilité. Mais c’est fois je suis catégorique, je ne veux plus qu’on cherche à résoudre mon problème de saignement. Aucun médecin n’a réussi, j’ai perdu 3 ans, je veux entrer directement dans le parcours PMA (Procréation Médicale Assistée). Et je rentre enfin dans un parcours PMA au bout de 3 ans ! Je demande une FIV (Fécondation In-Vitro) car à cause de mes métrorragies je n’ai pas suffisamment de muqueuse utérine pour qu’un embryon s’y implante. Il faut savoir qu’en 3 ans je suis devenue une experte du sujet ! Mais le médecin me répond que le protocole veut qu’on fasse par étape (c’est pas comme si j’attendais déjà depuis 3 ans!). 2 stimulations ovariennes, 3 inséminations artificielles : des échecs. Je le savais d’avance. Puis on y arrive : je vais enfin faire une FIV. J’ai tellement attendu cette solution qui me semblait la seule à pouvoir m’aider à être enceinte. Mais il faut encore patienter, il y a pas mal d’examens à faire. Pendant ce temps-là, j’essaie l’homéopathie et l’acupuncture. On ne sait jamais, si je pouvais tomber enceinte avant de faire la FIV. C’est arrivé à beaucoup de personnes sur les forums. Ah oui, il faut savoir que je suis devenue une véritable accro des forums de mamans essayeuses. J’y cherchais du réconfort, de l’espoir, des symptômes fantômes de grossesse (vous n’avez pas idée de ce que j’ai pu rechercher comme symptômes de grossesse!). Les examens préalables à la FIV sont faits. J’ai un traitement de stimulation ovarienne afin de ponctionner le maximum d’ovocytes. On en obtient 11, qui donneront 3 embryons suite à la fécondation in-vitro. Le jour prévu de l’implantation, on m’annonce que l’implantation ne sera pas possible car j’ai fait une hyperstimulation. Il faut encore patienter un mois. « Ce serait dommage de gâcher vos chances, il vaut mieux patienter encore un mois » me dit-on. Bien sûr qu’ils ont raison mais je n’en peux plus de patienter, de ces éternels reports. Déjà 50 mois que j’attends impatiemment la fin de chaque cycle pour savoir si celui-ci sera enfin le bon. Un mois plus tard, ma première implantation a lieu. Deux ovocytes sont implantés pour maximiser les chances. L’attente est interminable. Puis le verdict tombe. L’analyse sanguine est négative. Je m’effondre. Je n’en peux plus, je n’ai plus la force de me battre. Pour moi, la FIV était la solution miracle, j’y croyais tellement, surtout avec 2 embryons! Pourquoi ? Pourquoi je n’arrive pas à être enceinte ? J’ai tellement pleuré ce jour-là, j’étais complètement vidée. Puis le lendemain, à nouveau combative (comme pour les cycles précédents). J’appelle mon gynécologue et je lui dis que je veux absolument être implanté de mon dernier embryon ce mois-ci, même s’il est recommandé d’attendre un mois. Je n’attendrais plus. C’est d’accord.  Mais je pars un peu défaitiste, deux embryons n’ont pas fonctionné alors pourquoi ça fonctionnerait avec un seul. Je ne me ménage pas (travaux dans la maison) comme si j’étais déjà résigné. Mais au fond de moi j’ai envie d’y croire. C’est d’ailleurs cette espérance d’être maman qui m’a aidé à tenir ces quatre années. Car en parallèle de ce parcours médical qui me demandait beaucoup de temps (un temps fou passé entre les rendez-vous avec les médecins, les examens à faire, les interventions d’inséminations, de ponction, d’implantations… sans compter tout le temps où je ne pensais qu’aux essais bébé) et qui était douloureux à vivre physiquement et psychologiquement, il fallait continuer de vivre. Aller travailler, gérer les soucis du quotidien, aller aux rassemblements familiaux ou amicaux et faire mine que tout allait bien. C’était tellement dur quand il y avait des enfants car forcément je m’imaginais quand moi aussi j’aurais enfin mes enfants. Et tout le monde autour de moi tombait enceinte. Les enfants naissaient, les bébés grandissaient, les deuxièmes grossesses arrivaient et moi toujours rien. Et cette éternelle question des gens de l’entourage qui n’étaient pas dans la confidence de notre combat pour avoir un enfant. : « Alors c’est pour quand le bébé, vous attendez quoi, il serait temps! » C’était déjà assez dur à faire croire que tout allait bien alors qu’au fond j’étais au plus mal car je n’avais pas ce que je désirais le plus au monde, donc quand en plus on me le rappelait sans cesse à l’ordre…

Puis le jour du résultat de la FIV arrive. Nous sommes le 16 mars 2015. Je fais ma prise de sang. Mon conjoint la récupère et m’attend au retour de mon travail pour m’annoncer le résultat. Je suis toute fébrile. J’ose à peine l’écouter. Après m’avoir fait croire qu’il n’avait pas encore récupéré les résultats (je commençais déjà à m’énerver, c’était vraiment pas le moment de jouer avec mes nerfs), il me dit « on va avoir un bébé ». Là je m’effondre en larmes, je n’arrive pas à y croire. 52 mois que j’attendais ce moment. J’étais enfin ENCEINTE. Je serai MAMAN dans quelques mois. Je ferai partie de ce grand club des mamans qui me faisait tant envie depuis des années et qui était devenu à mes yeux inaccessible. Je ne pense plus qu’à une chose : imaginer comment sera ma vie quand mon enfant sera là. Mieux c’est sûre. Mais rapidement ma grossesse se complique. Dès le 3ème mois, j’ai des contractions et je dois me reposer au maximum. A 5 mois, je suis alitée et au 7ème mois je ne peux même plus manger assise. Cette grossesse que j’ai tellement attendu, je ne peux pas la vivre pleinement. Je ne peux pas faire le shopping de grossesse si ce n’est pas internet, je ne peux pas préparer la chambre ni ma valise de maternité. Le moindre effort me donne des contractions. Mais je suis enceinte, c’est l’essentiel.

A 35 semaines et demi, je perds les eaux. Un accouchement compliqué comme ma grossesse et mon parcours pour être enceinte. Mais mon bébé tant attendu est enfin parmi nous. Ma petite fille Mila (j’ai lu sur internet que ce prénom aurait pour origine un terme espagnol signifiant « miracle », je l’avais choisi avant de décider de faire un bébé mais il s’avère avoir été très bien choisi). Je peux enfin la tenir. Je me souviens de tous ces rêves que je faisais quand j’essayais d’avoir un bébé. Des rêves dans lesquels j’étais maman et je tenais mon bébé. Chaque réveil était une déchirure, je pleurais tellement mon bébé me manquait, tant ces rêves me paraissaient réalistes. Les deux premières semaines, je vis encore dans la frustration. Celle de ne pas pouvoir m’occuper de mon bébé comme je le voudrais. Je souffre beaucoup des suites de couches (déchirure). Pour combler le tout, Mila a la jaunisse. Je reste 9 jours à la maternité! Le retour à la maison est sans cesse reporté. Gros baby blues. Puis  nous y voilà enfin. Nous sommes trois à la maison ! J’apprends avec bonheur mon nouveau rôle de maman. Tout est tellement mieux quand on est maman, quand on a un enfant. Je suis tellement fière quand je sors avec ma fille. Moi aussi je suis maman, j’ai un enfant. Ça parait tellement évident et simple pour certaines personnes. Elles vous disent on va faire un enfant et bim elles sont enceintes. Mais pour moi, être maman a été un véritable combat, c’est un privilège pour lequel j’ai dû me battre.

Mais quelque chose ne va pas. La puéricultrice de la PMI qui vient à domicile pour la pesée le perçoit tout de suite. A peine quelques questions et je fonds en larmes. L’accumulation de 4 années de parcours pour avoir un bébé, une grossesse et un accouchement compliqués, un allaitement difficile avec un bébé prématuré, la séparation qui approche avec ma fille. J’ai du mal à profiter du moment présent car je revis encore les souffrances du passé et je pense déjà au moment où je vais être séparée de mon bébé. Je l’ai attendu plus de 4 ans et déjà je vais devoir m’en séparer. La puéricultrice me dirige vers une psychologue spécialisée dans la relation mère-enfant (en fait elles étaient deux). Certaines séances m’ont fait du bien. Notamment une séance où quelque chose s’est dénouée (nous l’avons ressenti jusque dans l’ambiance qui s’est d’un coup allégée). Depuis la naissance de ma fille et ce jusqu’à ces 7 mois (jusqu’à cette fameuse consultation), je notais, dans un cahier, toutes ses tétées (l’heure, le temps de tétée à chaque sein), ses urines et ses selles et à partir de ses 6 mois je notais même ses siestes! Je la pesais également très fréquemment. Ce comportement de contrôle m’empêchait de profiter pleinement de l’allaitement mais de ma vie de maman plus généralement. Mais je pensais ne pas pouvoir me fier à mon instinct pour élever ma fille et devoir forcément passer par ce cahier de surveillance journalière dans lequel je notais tout scrupuleusement. Il était inconcevable pour moi de ne pas faire ce suivi. Je ne comprenais pas pourquoi les autres mamans arrivaient à élever leurs enfants naturellement et pas moi. Grâce aux psychologues, j’ai compris que j’avais été conditionnée par 4 années de parcours médicalisé (courbes de température, tests d’ovulation, noter mes métrorragies, traitements à des jours précis…), d’une grossesse médicalisée également avec des échographies très régulières et puis ma fille prématurée que je devais peser régulièrement pour m’assurer qu’elle prenait du poids. Je prenais conscience que ce parcours était enfin derrière moi, que tout allait bien, j’avais ma fille et elle était en bonne santé, je pouvais donc lâcher prise. Je n’avais pas non plus été incompétente dans mon rôle de maman mais j’avais seulement continuer à faire comme les 5 années précédentes. Il fallait maintenant me réhabituer à vivre sans être dans le « médicalisé » et le contrôle. J’ai ensuite continué quelques séances puis j’en ai eu marre de perdre du temps à analyser ma relation avec ma fille, de chercher une explication à mes comportements excessifs et de me justifier. Je voulais simplement vivre cette relation comme je le sentais. A présent je m’en sentais capable. Plus que ça, je voulais aussi m’affranchir des règles de bienséance : ne pas endormir son enfant à bras quitte à le laisser pleurer, ne pas dormir trop longtemps avec au risque de lui donner de mauvaises habitudes, ne pas l’habituer au bras, ne pas allaiter trop longtemps… J’ai fait tout le contraire et mon Dieu que j’ai apprécié !

Pour ce qui est de ma plus grosse appréhension qui était de reprendre le travail et de devoir me séparer de ma fille, j’ai eu la chance d’avoir mon patron qui m’a annoncé quelques temps avant la reprise de mon travail la suppression de mon poste. J’ai alors eu le choix entre un autre poste qui ne m’intéressait pas du tout et une rupture conventionnelle. Le choix était vite fait. J’avais l’opportunité de rester élever ma fille et j’allais la saisir. J’ai donc été successivement au chômage (mais j’en ai profité pour passer un concours), en congé maternité, en congé parental et à nouveau au chômage. J’ai eu la chance de pouvoir profiter des trois premières années de ma fille pleinement. D’être présente à chaque étape importante, de l’accompagner dans son éveil et son développement, de la voir progresser, grandir, de partager tellement de moments précieux avec elle. Je n’aurai surement pas connu cela si j’avais eu ma fille facilement. Je pense que je n’aurais pas vécu ma maternité de cette façon (faire passer mon rôle de maman en priorité) ni eu cette relation si fusionnelle avec ma fille (et mon fils) si je n’avais pas traversé ce parcours. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’à refaire je voudrais que ce soit pareil car c’était vraiment très difficile à vivre. Mais si au début j’avais beaucoup de mal à accepter d’avoir perdu 4 années avec ma fille (car c’est comme cela que je le vivais), aujourd’hui, je vois les choses différemment. Je me dis que les choses ne sont pas arrivées par hasard, cela a été un mal pour un bien. C’était mieux ainsi.

Alors oui je suis peut-être trop fusionnelle avec ma fille et mon fils, je fais passer mon rôle de maman avant celui de femme, je ne me consacre pas assez de temps, je ne veux pas reprendre une activité et rester à profiter de mes enfants, je ne veux pas les faire garder… Mais voilà quand on traverse un parcours comme le mien, le sens de la vie change, les priorités aussi. J’ai suffisamment passé de temps à espérer être maman pour maintenant ne pas pouvoir en profiter. Être maman est le rôle de ma vie et je compte bien le jouer comme je l’entends.

Crédit photo © Jérémie Sangaré

Une réflexion sur “Un enfant tant attendu

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